R i t u e l ° ° °

"Je ne connaîtrai pas la peur, car la peur tue l'esprit. La peur est la petite mort qui conduit à l'oblitération totale. J'affronterai ma peur. Je lui permettrai de passer sur moi, au travers de moi. Et lorsqu'elle sera passée, je tournerai mon oeil intérieur sur son chemin. Et là où elle sera passée, il n'y aura plus rien. Rien que moi."

-La Litanie de la Peur Bene Gesserit -

"Combien de fois l'homme en colère nie-t-il avec rage ce que lui souffle son moi intérieur?"

-Muad'Dib-

(Frank Herbert, "Dune")

Présentation

Samedi 4 mars 2006

     Après une longue période de vache maigre, je reprends Ex-Nihilo en main. Je n'avais simplement rien d'intéressant à raconter, alors plutôt que d'écrire n'importe quoi, je préfère m'abstenir. Tiens, ça me fait penser à une petite citation que j'adore, qui n'a pas grand chose à voir finalement, mais soit : "Mieux vaut la fermer et passer pour un con que l'ouvrir et ne laisser aucun doute à ce sujet". J'aime beaucoup. Malheureusement, c'est assez difficile à appliquer, mais c'est une bonne phrase à placer dans une conversation, pour casser quelqu'un ou pour briller en société.

     Le sujet que je vais aborder nous concerne tous, tous les jours. Nous y sommes régulièrement confrontés, d'un côté ou l'autre de la barrière. Il s'agit du Pardon. Avec une majuscule, parce qu'il le vaut bien. Je précise que je ne fais absolument pas allusion au pardon chrétien. Les chrétiens se sont fourbement approprié des valeurs profondément humaines, des valeurs ancrées en chacun de nous, j'oserais même m'avancer à dire ancrées dans nos instincts. Finalement, le Pardon doit être une des composantes principales de la Conscience, si toutefois il était possible de décomposer cette dernière.

      Comment le Pardon acquiert-il une quelconque valeur? Car il est aisé de dire à quelqu'un qu'on le pardonne, beaucoup plus facile que de véritablement pardonner. J'ai donc l'impression que ce Pardon (excusez les répétitions mais ce mot est particulièrement parlant et je ne connais pas de synonymes qui me plaisent) n'a pas souvent de vraie valeur. La plupart du temps, on pardonne des futilités, des choses qui n'ont finalement pas d'importance. Et ce n'est que lorsqu'il faut vraiment pardonner, lorsqu'il ne s'agit plus d'une petite chose sans importance, que l'on se rend compte de la difficulté du Pardon. Il prend du temps, beaucoup de temps. Dire pardon, ça prend quelques secondes. Pardonner doit prendre... au moins ça! Car pour pardonner, il faut dans un premier temps comprendre. Quelqu'un a dit (si je me souviens bien c'est encore une de ces belles paroles chrétiennes) que comprendre, c'était tout pardonner. Je ne suis pas d'accord. Certes, il est indispensable de se mettre dans la peau de l'autre, c'est la première étape du Pardon : essayer de comprendre les raisons qui l'ont poussé(e) à agir de la sorte. Mais que faire lorsque l'on ne comprend pas? Qu'on ne vienne pas me dire que tous les comportements sont rationnels... Alors bon, comprendre, c'est bien mais ça ne marche pas à tous les coups. Et quand bien même, en supposant que l'on ait compris, il reste à accepter. Je vais prendre un exemple un peu extrême mais c'est pour l'image : c'est un peu comme quand une personne qui nous est chère décède - on comprend que cette personne est morte, mais on peut ne pas l'accepter et en souffrir longtemps. Seul le temps efface votre chagrin, rien ni personne ne peut vraiment vous aider. Enfin, on peut être accompagné et ça aide, mais le gros du travail se fait seul, face à ses pensées, ses angoisses, ses doutes, ses souvenirs. Et bien c'est un peu la même chose avec le pardon, à mon humble avis. Le Pardon ne devient effectif qu'avec le temps. De plus, il s'accorde généralement à quelqu'un qui vous a fait du mal, ou qui vous a trahi d'une façon ou d'une autre, le dernier engendrant le premier. Logiquement, la personne "coupable" n'a pas dans ses habitudes de vous faire du mal ou vous trahir, et ce faisant, elle perd la confiance que vous lui aviez accordée - du moins plus ou moins de confiance, selon la gravité, la personne et surtout les personnalités - j'ai envie de dire selon la religion car un chrétien doit savoir tout pardonner, je demande à voir... mais je diverge. Si on suit cette logique, en accordant son Pardon, donc en disant à quelqu'un qu'on lui pardonne, on espère que la situation ne se reproduira plus, ou qu'une situation ou l'autre changera, enfin on espère donc. Le vrai Pardon ne serait-il alors pas purement égoïste? Il ne s'agirait alors plus de pardonner pour apaiser le "coupable" (le mot est un peu fort, je sais), mais pour s'apaiser soi-même, pour se convaincre que tout ira bien malgré la blessure... je ne sais pas.

 

 

     Et après? Que se passe-t-il quand le temps a fait son oeuvre, quand la tristesse s'est finalement envolée? Est-ce qu'on arrive vraiment à pardonner? On oublie jamais, clairement, mais le vrai Pardon existe-t-il? N'existe-t-il que lorsque l'objet du pardon n'a plus d'importance à nos yeux? Pour prendre un exemple matérialiste et mal choisi, c'est un un p(n)eu comme lorsque un ami emprunte votre voiture et a un accident avec. Des années plus tard, vous aurez peut-être changé de voiture, et l'ancienne n'aura plus la moindre importance, vous en rierez peut-être même, avec le recul. Essayez de transposer ça avec des événements plus abstraits, avec des personnes.

     Mais j'oublie un facteur primordial, que j'ai toutefois cité auparavant : la personnalité. J'imagine que la réaction d'un optimiste sera différente de celle d'un pessimiste, même à long terme, tout comme un rancunier gardera l'offense en travers de la gorge beaucoup plus longtemps. Et là je ris, car cet élément rend toute mon argumentation (il s'agirait plutôt d'un questionnement avec hypothèses en fait) très subjective. Encore une fois, j'ai posé plus des questions qu'autre chose, mais je n'ai jamais eu la prétention de déclarer avoir toutes les solutions. Si vous en avez, ou si vous concevez le Pardon différemment, ou si vous avez trouvé le moyen de vraiment pardonner, n'hésitez pas à partager votre vision des choses, je crois que c'est comme ça que l'on apprend vraiment. Si l'esprit gagne beaucoup à réfléchir de façon interne, c'est surtout grâce à des stimulations externes qu'il le fait, et surtout qu'il s'ouvre. Je ne demande qu'à ouvrir le mien.

Par MetlFixxxer - Publié dans : Cogito ergo sum
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D U N E ° ° °

"Il devrait exister une science de la contrariété. Les gens ont besoin d'épreuves difficiles et d'oppression pour développer  leurs muscles psychiques."

-Muad'Dib-

"La grandeur est un expérience passagère. Jamais elle n'est stable. Elle dépend en partie de l'imagination humaine qui crée les mythes. La personne qui connaît la grandeur doit percevoir le mythe qui l'entoure. Elle doit se montrer puissamment ironique. Ainsi, elle se garde de croire en sa propre prétention. En étant ironique, elle peut se mouvoir librement en elle-même. Sans cette qualité, même une grandeur occasionnelle peut détruire un homme."

-Muad'Dib-

(Frank Herbert, "Dune")

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